Portraits

Couach, l’insubmersible pionnier français

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Couach est un cas unique dans l’industrie nautique française par la présence ininterrompue de son nom sur le marché de la navigation à moteur depuis 1897. Dans cette longue saga à rebondissements, Guy Couach a incarné avec succès le passage de la construction mécanique à celui de création de bateaux de plaisance à partir des années 1950.

Arcachon, le 22 novembre 1903. Baptisée Libellule, la première pinasse motorisée du bassin
est mise à l’eau, propulsée par un moteur à pétrole conçu et construit par les ateliers d’un certain Albert Couach. L’ère des « pétroleuses » a commencé. Ça fume un peu, ça sent « comme une drôle d’odeur » disent les témoins de la scène, ça hoquète pas mal, mais ça avance tout seul, sans rames, ni voile… Un petit prodige. A l’époque, cet évènement très local préfigure la transformation profonde de la navigation de travail, puis celle de la plaisance, un secteur qui reste encore à inventer.

La petite fabrique, fondée en 1863 par J. Couach, est considérée comme l’une des toutes premières à s’être spécialisée uniquement dans le moteur marin à partir de 1897, une pionnière de la longue aventure de la mécanisation qui, comme celle de l’automobile, n’en est encore qu’à ses balbutiements. Cent trente ans plus tard, la signature Couach, aux rondeurs graphiques très identifiables, est toujours présente, apposée aussi bien sur de luxueux yachts que sur de nombreux bateaux professionnels ou militaires dernier-cri. Aucune entreprise française, à l’exception de Bénéteau – à quelques années de différence – n’a accédé à une telle pérennité.

Une extension de la pêche à la plaisance avec Arcoa

Après la Première Guerre mondiale, les moteurs Couach s’imposent de plus en plus dans les univers exigeants que sont la pêche et la marine, où fiabilité et disponibilité rapide de pièces détachées pour tous les modèles, même anciens, sont indispensables au maintien d’une robuste réputation de sérieux. Ses premières unités diesel apparaissent au catalogue en 1937 alors que la plaisance ne constitue encore qu’une modeste partie des ventes. Puis, peu à peu, la navigation de loisirs, voile et moteur, constitue une clientèle régulière, rassurée par la solidité de moteurs qui mènent toujours à bon port.

En 1946, pour soutenir son activité au sortir de la guerre, Robert Couach, le fils du fondateur, obtient une commande officielle de 400 pinasses en bois de 10,50 m, dont 390 doivent être exportées aux quatre coins de l’Empire français, en Afrique et à Madagascar, toutes équipées de moteurs Couach. Pour ce faire, un nouveau chantier baptisé Arcoa (contraction d’Arcachon et de Couach) est installé avec l’usine de mécanique de Gujan-Mestras alors que le jeune Guy entre dans l’affaire l’année suivante. Ce fort en maths, très bien formé, technicien hors pair et énergique, va contribuer grandement au succès de l’entrée de la firme familiale dans le monde de la construction nautique. En effet, au milieu des années 1950, le marché de la plaisance commence à frémir grâce aux retombées de la croissance économique du début des «Trente Glorieuses». Guy Couach et son père lancent le tout premier modèle de vedette française moderne à moteur, l’Arcoa 1060. Elle sera vite suivie d’autres versions dont la 760, bel équivalent national des meilleures productions américaines ou italiennes. Toutes ces fabrications en petite série sont réalisées en bois. Arcoa devient le plus important producteur français du secteur.

Guy Couach lance sa propre signature

Au fil de ces années de progression, Guy, qui a la passion de son métier, a de plus en plus de mal à se suffire des limites imposées par un père qui ne semble toujours pas convaincu par l’émergence d’un marché stable pour les unités de plus de dix mètres. Fort de son expérience et de ses certitudes, il décide donc de tenter, seul, en 1962, une nouvelle affaire qu’il signe de son nom et prénom. Il continue la construction en bois et lance son premier modèle sous la marque Guy Couach, la 1200, basée sur la 1060 qu’il a conçue chez Arcoa. La fabrication est la même, simple et robuste : quille en chêne, membrures en acacia et bordage en acajou. La réussite est vite au rendez-vous et d’autres modèles suivent avec, en 1967, la 1500 puis la 1300. Guy Couach étant un innovateur dans l’âme, sa première coque en polyester est présentée dès 1968 avec la 960, une dimension plus petite ayant été choisie pour cette première expérience de série dans l’apprentissage de la technique du moulage. Bientôt son catalogue «plastique» s’enrichit de la 1200, une version polyester de la 1300 en bois, un matériau dont les jours sont désormais comptés dans l’industrie nautique de série.

Nous sommes au début des années 1970. Guy Couach étend sa gamme vers le haut avec la 1600, tout en expérimentant les composites les plus avancés avec l’Aramat, la première coque française moulée en fibre de Kevlar.

Dans le même temps, la mutation de la présence de la famille Couach dans le nautisme se poursuit. Elle commence par se séparer de sa marque Arcoa au profit du nouveau groupe Yachting France continuera à fabriquer ses modèles à moteur ainsi que les unités signées Jouët et Lanaverre dans le secteur de la voile. Sa production cessera en 1991. Toutefois, la marque Arcoa va continuer à survivre encore longtemps au gré de différentes reprises et déménagements successifs. En effet, son capital de notoriété resté fort dans le yachting et son accès historique aux marchés officiels militaires ou de services en France comme à l’exportation lui confèrent une attractivité certaine auprès d’investisseurs venus d’horizons variés. Au fil des crises économiques et des plans de relance, les archives des pages économiques de la presse quotidienne régionale de l’ouest de la France permettent de retracer ce parcours complexe jusqu’au début de la décennie 2010. Le film La Mer à boire qui sort en 2012, avec Daniel Auteuil en patron de chantier naval, est directement inspiré de ces actualités de l’époque consacrées aux difficultés d’Arcoa.

Une mutation en forme de consécration

A l’orée des années 1970, c’est le cœur de l’activité historique de la maison Couach qui change aussi de mains en entrant dans le giron du premier constructeur automobile français, Renault. Ce changement d’échelle reflète la réussite du pionnier arcachonnais de la mécanique marine dont le nom est désormais associé à la puissance du groupe de Boulogne-Billancourt. En 1972, Renault Marine-Couach équipe une bonne partie du parc des unités de 4 à 20 mètres produites en France. Ses gammes essence et diesel comptent plus de 22 modèles fabriqués en Gironde.

Dans ces mêmes années de grande évolution, Guy Couach se concentre sur le développement de son chantier et crée la société Plascoa destinée à exploiter ses compétences dans la production de vedettes rapides destinées aux militaires, dont la Gendarmerie maritime, ainsi qu’aux administrations françaises et étrangères. Malgré les crises internationales et les variations de l’économie française, la tendance générale reste à la croissance. Le motonautisme connaît un succès grandissant et Guy Couach étoffe son offre. Il marque clairement son territoire par l’adoption des grandes tendances du design de l’époque, dont le flybridge et l’open, à la fois vers des unités plus grandes et plus petites, toujours à la recherche de la qualité à tous les niveaux. Ce faisant, au milieu des années 1980, Guy Couach couvre un large éventail du marché avec ses petits opens, ses pêches-promenades, ses vedettes et ses yachts. C’est la période où Pierre, son fils, commence à prendre le relais à la direction des opérations. Très conscient de l’importance des valeurs prônées avec constance par son père depuis ses débuts, Pierre entame une modernisation de la gamme où les petites unités sont abandonnées. Portée par l’accroissement des dimensions des bateaux et par un marché international bien orienté, la firme poursuit son évolution en prévision de la décennie suivante en s’attaquant au secteur des grands yachts avec plusieurs unités au-delà des 18 m et jusqu’à 28 m. Dans ces années «folles», aucune limite ne semble plus devoir être fixée, jusqu’à ce que la crise économique internationale du début des années 1990 – marquées par la guerre du Golfe – atteigne durement les entreprises de la plaisance. La firme de Guy Couach entre, comme beaucoup d’autres, dans une période difficile.

Un nom qui résiste à toutes les tempêtes

Repris par l’industriel bordelais Didier Cazeaux en 1996, le chantier met le cap toujours plus sur le haut de gamme et les grands yachts de plus de 30 mètres. Avec la collaboration de Pierre Couach, la refonte de la gamme de 12 à 20 mètres est bien reçue par le marché, avec, en particulier, le nouveau 185 FLY vendu à sept exemplaires dès la première année. En 2000, un premier contrat avec l’Arabie Saoudite pour la livraison de 68 bateaux militaires soutien grandement l’activité. En 2005 le prénom Guy disparaît de la marque qui s’appelle désormais Couach Yachts. Cotée en Bourse, l’entreprise accumule les succès commerciaux mais la rentabilité n’est pas au rendez-vous. Lourdement endettée, elle est déclarée en faillite en 2009.

Fabrice Vial, richissime industriel de la menuiserie, se porte à son secours mais il est assassiné sur son Couach de 37 m à l’été 2011 par un tireur embusqué en baie de Porto Vecchio. Cette sombre affaire, jamais élucidée, appartient encore au domaine des « cold case ». La même année, le chantier est sauvé par le groupe d’investisseurs locaux Nepteam et met à l’eau dès l’année suivante « La Pellegrina », son premier yacht de 50 mètres. Une nouvelle commande militaire de 79 unités pour l’Arabie saoudite remet ensuite le chantier à flot. En 2019, c’est la SNSM qui passe contrat pour la conception et la production de toute sa future flotte de sauvetage. Le Chantier Naval Couach a beaucoup investi dans le développement ses propres bureaux d’études et de recherche. Il peut désormais affronter de nombreux défis innovants en amont et en aval de ses capacités de production.
Cent trente ans après le démarrage de son premier moteur, Couach reste ancré dans la mémoire collective de la plaisance française.

Gérald Guétat

Quelques points de repère d’une longue histoire

1897 Albert Couach commence sa fabrication de moteurs marins.

1903 Albert Couach motorise la première pinasse du Bassin d’Arcachon.

1937 Moteurs Couach sort ses premiers moteurs diesels.

1947 Guy Couach entre dans la firme dirigée par son père Robert.

1948 Fondation d’Arcoa par Robert Couach pour la construction de 400 pinasses en bois à moteur Couach, destinées en grande parie à l’Afrique.

1955 Création de la vedette Arcoa 1060 en bois, sous la direction technique de Guy Couach.

1962 Guy Couach fonde son propre chantier à Arcachon qui porte son nom et son prénom.

1964 Lancement de la Guy Couach 1200, son premier modèle.

1968 Première coque d’un Guy Couach en polyester, la 960.

1970 Guy Couach inaugure sa division Plascoa pour les bateaux militaires et pour les administrations françaises et étrangères.

1971 Première coque Guy Couach en composite de Kevlar, l’Aramat.

1972 Les moteurs Couach entrent dans le groupe Renault donnant naissance à la nouvelle entité Renault Marine-Couach.

1973 Sortie de la Guy Couach 1600 Plastique.

1975 Fin de la construction bois et développement de la gamme.

1991 La crise économique dite « de la Guerre du Golfe » frappe durement la plaisance dont le chantier Guy Couach

1996 Reprise du chantier par Didier Cazeaux.

1999 Lancement du premier yacht Couach de 30 m, le 3000 FLY.

2000 Introduction de l’entreprise en bourse.

2005 Le chantier prend désormais le nom de Couach Yachts

2007 Sortie du premier yacht 5000 FLY.

2009 Reprise du chantier par la société Chantier Naval Couach-CNC.

2010 Signature d’un gros contrat avec la marine indienne par Plascoa.

2011 Nepteam, un groupe d’investisseurs locaux, reprend le chantier.

2012 Couach Yachts lance son premier yacht de 50 m.

2013 Mise à l’eau de deux nouvelles unités, le nouveau 2600 FLY et le 1300 Hornet issu d’une version militaire.

2014 Décès de Guy Couach à l’âge de 88 ans.

2017 Livraison du yacht 4700 FLY

2019 Couach remporte un contrat portant sur la conception et réalisation de plus de 70 bateaux de sécurité pour la Société Française de Sauvetage en Mer.

2021 Lancement de nouveaux concepts de yachts hybrides de la navigation transatlantique.