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40 ans d’Oceanis, Oser innover

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Au-delà de l’invention d’un nouveau concept, le lancement, il y a quarante ans, de la marque Oceanis, illustre l’aptitude d’un géant de la construction de bateaux de plaisance à se réinventer

Oceanis a quarante ans. Son invention ne doit rien aux brainstormings d’une agence de marketing. Le lancement de cette gamme nouvelle au sein du groupe Bénéteau fut autant le fruit d’une intuition que le résultat d’une analyse logique. Oceanis, incarne la compréhension d’une mutation de la demande, chez les amateurs de large, de vent et de voile. Oceanis réalise ainsi un changement de paradigme. La marque porte le nom d’une démarche résolument nouvelle dans la conception et la construction du voilier de croisière, dont le produit influence à son tour le regard, les approches et les pratiques.

Depuis les années soixante jusqu’au début des années quatre-vingt, la révolution de la voile française progresse sur une route bien balisée : tout nouveau modèle doit offrir plus de performance que son prédécesseur de même longueur. Ce gain de vélocité reçoit la sanction d’un juge de paix unique : la régate. Dans les années soixante-dix, les voiliers dits habitables s’affrontent, se comparent, et se sanctionnent en course. Les plus aptes à convertir les forces du vent et de la mer en énergie propulsive règnent sur le marché.  Les Arpège, Super-Arlequin, Armagnac et autres First permettent certes de s’accorder un week-end aux îles du Ponant, voire une traversée de la Manche. Mais seule la compétition apporte la consécration.

Les années quatre-vingt de Mme Thatcher et de M. Reagan, célèbrent le règne de la réussite par la performance. Cependant, tout comme la météo, l’air du temps n’est pas très stable. Les grands courants sont souvent alternatifs. Trois vagues en procession frappent le plan d’eau bien ordonné du marché mondial de la plaisance.

Lames de fond

Au sein du groupe Bénéteau, le succès de la gamme First incarne parfaitement cette façon de coller à l’air du temps. Ses modèles phares sont logiquement issus de carènes de course. Ils rencontrent tous un franc succès.

Mais une première lame de fond surgit de nulle part. Une crise technologique provoque un séisme industriel et pousse les dirigeants à des remises en cause déchirantes.

Le premier, le réseau sonne l’alerte : les First, comme beaucoup d’autres unités de grands chantiers de l’époque, sont victimes d’une étrange maladie. Le gel-coat, cette peau extérieure des carènes en polyester, perd trop vite son étanchéité. De vilaines cloques apparaissent sous la flottaison. Il faudra des mois pour nommer le mal -l’osmose-, comprendre l’origine du mal et identifier le coupable : un composant fourni par un grand industriel se révèle défectueux. Mais entre rappel des dizaines d’unité contaminées et grave atteinte au prestige de la marque, Bénéteau doit non seulement réagir mais se réinventer. A défaut, le grand surf de l’entreprise vendéenne vers les premières places de l’industrie nautique mondiale pourrait tourner au naufrage. Pas moins.

Au même moment, ou presque, une deuxième vague, moins dramatique heureusement, commence à déferler. Un futur géant mondial de la location, lui aussi en pleine expansion, exprime des besoins bien différents de celui des mangeurs d’écoute de la régate. Il veut des unités adaptées aux attentes d’une clientèle avide en priorité, non de performances à tout prix, mais de bien-être et de confort. Proche des fondateurs de ce grand loueur nommé Moorings, les dirigeants de Bénéteau apportent une réponse prémonitoire à cette demande nouvelle : l’Idylle 13,50. Le voilier porte la signature du grand architecte argentin German Frers. Il est délibérément moins nerveux mais plus rassurant pour des « marins du dimanche » et leurs familles que les « course-croisière » de la gamme First.

Mais voilà que parallèlement et paradoxalement, un troisième train de houle aborde les rivages déjà chahutés de l’entreprise. Un début de transformation profonde du marché se dessine. Les plaisanciers ont mûri- vieilli, osent même certains observateurs. L’âge commence à émousser aussi bien l’instinct de compétition que les rêves de voyages lointains, au profit d’un hédonisme bien compris. Le charme de la croisière en famille supplante petit à petit la passion de la régate entre copains, le désir de balades tranquilles l’emporte sur l’envie de tout quitter pour vivre en hippie du large.

Pour continuer de planer sur une mer devenue grosse, il faut changer. Annette Roux, le capitaine de Bénéteau, le pressent et le comprend. La feuille de route peut donner le vertige : il faut bousculer le raisonnement, inverser la démarche de conception, partir désormais de la facilité d’usage et du confort de la vie à bord pour définir la philosophie générale du bateau et donc sa forme et ses volumes. Il faut même oser créer une nouvelle marque. Celle-ci devra impérativement prendre le relais du label First, dont la réputation est ternie par la maladie des coques. Et acquérir au plus vite une renommée comparable. Vaste programme !

Quadrature du cercle

La présidente s’ouvre de ses réflexions à l’un de ses plus proches bras droits. L’homme a déjà bouleversé la politique produits du constructeur vendéen. Il a osé imaginer le premier First. Ce modèle, issu des moules d’un pur bateau de course, a donné une image aussi dynamique qu’audacieuse au paisible champion du pêche-promenade. Mieux, il lui a permis d’entrer dans la cour des grands.

François Chalain n’aime rien tant que la performance. Pourtant son agilité d’esprit peu commune lui permet de s’approprier très vite la problématique nouvelle. Et de réunir les ingrédients nécessaires au lancement d’une gamme inédite de voiliers de croisière.

La recette pourrait tenir de la quadrature du cercle. Commencez par définir ce qui constitue la qualité de vie à bord, le confort à la mer, le bien-être au mouillage ou au port… Respectez quelques impératifs tels que des cockpits très accueillants, un plan de pont et un accastillage garantissant une vraie facilité de manœuvre, concevez des aménagements clairs et lumineux, avec cabines doubles, grandes cuisines, salles d’eau et toilettes multiples, profusion de rangements, grands réservoirs d’eau et de fuel, bonne motorisation… Intégrez-moi tout cela dans des coques intelligentes, stables, belles et… vives. Évitez, s’il vous plait, de copier ces braves croiseurs trop ronds, trop lourds, trop peu voilés dont certains chantiers étrangers se sont fait une spécialité sous prétexte de produire des bateaux solides et marins. Enfin, serrez le coûts pour tenir des prix redoutablement concurrentiels. Et bien-sûr, imposez un nom nouveau, chargé d’incarner tout cela…

Ce sera Oceanis.

Armé de ce -lourd- cahier des charges, Chalain contacte Philippe Briand. Ce jeune loup de l’architecture navale est tombé tout petit dans le chaudron de potion magique. Son père est champion de régate et fabricant de mâts et de voiles. Quant à lui, artiste précoce, il est l’un des jeunes architectes en vogue des années 80. Briand s’est bâti un prénom, avec de nombreux plans au palmarès prestigieux. Aucun doute, il sait dessiner d’excellents bateaux de course. Mais il faut un sacré culot pour lui demander de tracer des carènes aux antipodes de celles qui lui ont permis de se construire une réputation flatteuse.

Cependant, ce jeune surdoué maîtrise aussi l’art de créer de jolis bateaux. Or Chalain est convaincu de la nécessité de ne pas sacrifier l’esthétique au confort. Philippe Briand propose donc des dessins novateurs, avec des « signatures » très vite identifiables, comme de grands pare-brise zénitaux au sommet du roof, ou des hublots de coque rectangulaires, grande nouveauté à l’époque.

Ainsi apparaît en 1986 le premier modèle de la nouvelle gamme Oceanis. Le 350 est un élégant dix-mètres, qui fait sensation et remplit très vite les carnets de commandes des concessionnaires. Le 430 le suit dans la même année, pour le plus grand bonheur de flottes de location.

30 000 Oceanis en 40 ans

Mais deux nouveaux modèles et un nouveau label ne suffisent pas pour inventer un nouveau monde. Parallèlement, l’entreprise Bénéteau se dote d’unités de production entièrement consacrées à la nouvelle gamme. Elle rationalise les processus d’une construction qui mérite désormais pleinement le qualificatif d’« industrielle ». Ainsi les cloisons, meubles et autres éléments en bois ou en polyester moulé sont-ils fabriqués en série sous forme de modules standardisés, parallèlement à la réalisation des coques. Puis ils sont acheminés jusqu’aux lignes de production, positionnés à l’intérieur de ces dernières par blocs entiers, avant la pose du pont sur la coque pour « fermer » le voilier.

Avec Oceanis, le groupe Bénéteau franchit clairement une étape. Il ne cesse de perfectionner à la fois la conception et la fabrication de ces nouveaux modèles qui se vendent à des centaines d’exemplaires chacun. Très vite, les concurrents de Bénéteau se ruent à leur tour sur ce nouveau créneau de la « plaisance-bien vivre la mer ». Ils contribuent ainsi à élargir le marché au monde entier.

Mais l’inventeur de la formule ne s’endort pas sur ses lauriers. Pour se challenger, pour renouveler son approche et ses concepts, il n’hésite pas à changer régulièrement de cabinet d’architectes.

Le cabinet Fìnot-Conq est à son tour sollicité. Il accouche, entre autres d’un modèle vite plébiscité, le 411. Succès phénoménal pour une unité de douze mètres, suivie dans la même veine par le 423… Puis s’ouvre l’ère Béret Racoupeau qui privilégie un peu plus la recherche du confort.  Les formes arrière encore plus généreuses permettent de doter les voiliers d’un immense cockpit, sous lequel tiennent deux cabines doubles. Les aménagements autorisent la vie à bord « comme à la maison. »

Enfin, depuis bientôt dix ans, l’architecte italien Roberto Biscontini et le cabinet d’architecture intérieure Nauta Design jouent sur l’élégance des formes et la qualité de vie aussi bien à l’extérieur qu’à l’intérieur, tout en préservant les aptitudes marines.

Et les succès s’enchaînent. Au cours de quatre décennies, plus de 30 000 Oceanis appartenant à huit familles successives sortent des usines Bénéteau.

La philosophie n’a pas changé : proposer des bateaux faciles à vivre, agréables en mer comme au port, dotés de plus en plus d’éléments de confort, aux prix toujours très serrés. En se réinventant sans cesse, Bénéteau a démontré qu’il n’y a pas de fatalité : les idées mènent le monde. Sur terre comme en mer.

Olivier Péretié

L’Oceanis de demain, vu par les étudiants de l’ENSAAMA

Pour les 40 ans de l’Oceanis, la Beneteau Foundation et le Tribord Sailing Lab de Decathlon ont lancé un défi aux étudiants de l’ENSAAMA, l’École nationale supérieure des arts appliqués et des métiers d’art, partenaire de la Fondation depuis neuf ans autour du programme « Nautisme 3.0 » : rendre la navigation et le monde du nautisme plus attractifs et plus accessibles, à travers des outils et des accessoires.

Le brief reprenait l’esprit des origines : dépasser l’approche technique du bateau pour partir des usages et des profils d’utilisateurs, la famille, les loisirs entre amis, la pratique sportive. C’est la démarche qui avait donné naissance à l’Oceanis en 1986.

Lancé le 4 septembre auprès de 24 étudiants du master Design produit, le projet a connu une première restitution de pistes le 18 septembre. Trois équipes se sont ensuite formées autour de trois thèmes : l’apprentissage de la navigation, l’accessoirisation, et la notion de van life et de bivouac. Pendant cinq jours, au Tribord Sailing Lab lors du Grand Pavois, elles ont imaginé, prototypé et développé leurs réponses avant de les présenter au jury le vendredi 25 septembre.

Le Prix Beneteau Foundation a été décerné au projet « De passager à équipier ». Sa question : comment donner envie aux jeunes générations de naviguer, même sans grandes compétences nautiques ? Les étudiants ont repensé l’expérience à bord d’un Oceanis 30.1 autour de trois moments : avant de partir, avec un kit d’équipement à louer et une application pour préparer son parcours ; à la prise en main, avec un bateau organisé par zones de couleur et pictogrammes et une application qui guide les manœuvres ; à bord, avec une ergonomie pensée pour des déplacements plus fluides et plus sûrs.

Quarante ans après Philippe Briand et François Chalain, la question n’a pas changé : comment rendre la vie à bord plus simple, plus agréable, plus accessible ?

Beneteau Foundation